DIS-LEUR QUE J’AGONISE (4)

                                                    

                                                   LES  CHATIMENTS  DU  MAITRE

 

 

Quel est le souvenir de l’orphelin Rachid, l’enfant de la maison de la bienfaisance, qui a marqué nos mémoires à nous tous, ses camarades d’école? Un seul, un acte irréparable, ignoble mais, hélas, qui perdure de nos jours dans la société marocaine et ailleurs dans le monde: porter atteinte physique et morale à un enfant sans protection. C’est l’injustice pour les uns et le fatalisme pour les autres. Rachid n’a pas été jeté dans une décharge publique, mais, pis, par cet acte, il a été tout simplement déconsidéré pour toujours. Lui qui n’a jamais supporté de croiser les femmes voilées, ne peut pas nous interdire, aujourd’hui encore, de penser à son histoire chaque fois qu’on le rencontre ou qu’on évoque sa personne.

 

Certains parmi nous, ayant changé leur vision du monde, le voient encore en martyr, d’autres, plus nombreux malheureusement, la culture d’intolérance précédant tout jugement, évoquent son cas avec dédain. Pour échapper à son sort, le lancinant maktoub, il avait vite pris conscience, une réaction innée mais rares chez ses semblables, qu’il fallait lutter cruellement pour arracher, par sa volonté, lui, le martyr d’origine inconnue, les réparations sociales indispensables à sa survie. Ce n’était pas aisé mais il osa foncer en faisant fi de toutes les contraintes de la société qu’il n’a jamais considéré comme étant les siennes. Quant à nous, tout en avançant dans le cycle scolaire, on n’avait aucun courage pour lui reconnaitre son droit de révolté. Peut être, il ne voulait pas le savoir non plus.

 

Les prédateurs, (miniature arabe), le petit jebli et le poète Abou Nawass (miniature persanne)    

 

N’ayant plus rien à perdre, il se lança précocement, corps et âme, dans le combat contre les autres, amis et ennemis. Grâce à sa ténacité et à son caractère qu’il avait construit sur un socle de témérité imprenable que nos parents nous déconseillaient parce que nous étions élevés dans la mesure selon leurs critères. Lui, l’orphelin, le fils de la chienne rassasiée, comme il tenait à nous le crier dans les visages quand il se préparait à la bagarre, s’est approprié l’exclusivité de l’impudence, son arme immorale, interdite dans nos milieux familiaux, pour affronter les risques et évincer la pusillanimité. Contrairement à nous, il savait, tout en suivant une scolarité sans faille, que son comportement, jugé associable selon nos critères, est l’arme unique des enfants de rue pour pouvoir se maintenir en autodéfense précaire. Rachid ne l’était pas mais, dans sa solitude qu’il n’exhibait pas vis-à-vis de nous, ses amis d’école, et ses précautions et prudences vis-à-vis de ses camardes du foyer collectif, le fait de s’individualiser n’était pas seulement un besoin inné d’égoïsme mais une démarche d’esprit pour se battre seul sans se fier aux autres. Nous autres, dans un combat infini, nous étions une entrave pour sa protection. Plus tard, le temps ayant penché en sa faveur, il se détacha de nous pour nous oublier et nous prouver qu’on n’était pas, selon ses critères, au même pied d’égalité. C’était la revanche de l’orphelin, fils de la chienne. Son arrogance fort excessive n’était pas princière mais, selon les connaisseurs, elle s’y assimilait étrangement. Vraisemblablement, c’est une affaire de sang. Bien entendu, on le devine, cette supériorité de l’âme makhzanienne sans racine, provoquait dans la majorité des cas, au nom de la virilité et de l’honneur national, risée, agacements et insultes marmonnées. 

 

L’écolier Rachid était très beau. Les filles jouaient toujours à sa proximité et les garçons quand ils ne le désiraient pas en cachette le haïssaient à satiété. C’est le concurrent imbattable de toute l’école. Avec le recul, on peut se souvenir que les filles se penchaient sur lui pour le sentir ou le toucher par… inadvertance. Il avait la peau blanche, les yeux verts et les cheveux dorés en boucles. Ma mère comme ses amies qui suivaient son parcours depuis qu’il avait quitté l’orphelinat pour s’intégrer dans la maison de la bienfaisance, avait dit à voix basse à ma grand-mère paternelle que la maman de l’enfant était sûrement une nasrania, européenne chrétienne.

 

 

La pureté et le plaisir (Bridgman, Simonetti et Tapiro)

 

Ma grand-mère, qui avait fréquenté quelques maisons du makhzen, jugea avec beaucoup de prudence et après avoir ausculté de loin la physionomie de l’enfant, que le bel écolier avait des origines orientales, pas forcément arabes mais plutôt ottomanes. Elle argua son jugement en se référant à la diversité des origines des femmes captives ayant vécu dans les harems de l’empire disloqué. Ma grand-mère précisa, sans preuves bien évidemment et en évitant de prononcer le terme sexuel, que les seigneurs des  harems marocains préféraient les esclaves noires, khadems, pour assouvir leurs instincts humains et faire obligatoirement leurs enfants héritiers, les hors, purs, avec les femmes légitimes, blanches et descendantes de la noblesse, les quatre autorisées par la charia. Elle osa ajouter que parfois, en absence de la vigilance et de la cruauté des gardiennes du temple sultanien, on assistait à des naissances ayant des teints indéterminés, ni blanc ni noir, qui provoquaient soit des décisions très douloureuses soit la miséricorde. Cependant, distingua-t-elle avec insistance que l’existence de l’enfant aux boucles dorées est une anomalie, sa maman n’aurait jamais du être dans l’endroit où on l’a livrée. C’était le geste d’une générosité dictée par des circonstances très particulières. En toute vraisemblance, le puissant généreux surveillait de près la destinée de son présent et attendait de ses nouvelles et probablement une naissance pour consolider ses liens avec le seigneur acquéreur. Cela explique les raisons pour lesquelles cet enfant est encore en vie et que sa maman, après avoir provoqué des tempêtes de jalousie, en revanche, Dieu seul sait ce qu’elle est devenue sa mère. « N’écoute pas ta grand-mère, me dit ma mère en réalisant que j’étais à proximité des déductions sans fondements de grandes personnes. C’est l’âge, elle radote, elle confond les mères et les grand-mères. »

 

La grand-mère qui oublia subitement sa surdité circonstancielle répliqua instantanément, le souffle coupé par une colère maîtrisée, qu’il ne s’agit pas de la maman de l’enfant mais de ses origines. A l’époque de sa naissance, on offrait encore des filles pas forcément captives que cela soit pour dar sultan (le palais royal) ou pour les grands pachas : « vous croyez qu’on élevait les chèvres chez ben Youssef ou chez Glaoui et d’autres pachas, je ne suis pas sotte mais je sais de quoi je parle. Le sultan Ben Youssef a son harem quant à son fils Hassan, Dieu seul sait s’il suit ou non le chemin de ses aïeux. Dans dar sultan, ancienne ou nouvelle, les habitudes ne se détachent pas facilement de leurs racines. Moi, je suis vieille et sotte et vous, vous êtes le grand portail de la sagesse alors que vous venez à peine de naître. Qu’on ne se cache pas le visage, je confirme qu’on continuera de le faire et je défie quiconque de m’apporter la preuve du contraire, l’adage dit : li fih chi tabi’a maï bi’a (la personne qui garde une tendance particulière en son for intérieur, ne s’en débarrasse jamais). » Ma mère fit la soude oreille, se leva prétextant qu’une odeur de brûlé provenait de la cuisine

 

 

 

Le harem de sidna

 

L’écolier Rachid n’avait aucune chance d’éviter un jour ou l’autre de subir l’assaut d’un prédateur. Sa première faiblesse était l’attrait irrésistible de sa beauté et sa seconde était son statut d’abandonné, de non protégé. Cependant, le danger n’allait pas venir de l’extérieur, un enlèvement achevé par un viol féroce dans un passage obscur et infréquentable, mais dans le sanctuaire du savoir.

 

On s’en souvient très bien, le bel enfant de la décharge publique était studieux et brillant. Il apprenait beaucoup plus vite que nous tous, ce qui provoquait davantage de jalousie à son égard. Seulement, cette particularité distinctive, signe d’une intelligence hors du commun, ne lui avait pas servi de rempart pour le protéger. 

 

Du jour au lendemain, par un geste violent du maître déchirant plusieurs feuilles à la fois, nous apprenions que le niveau du meilleur élève a baissé. Les bonnes notes s’étaient miraculeusement transformées en mauvaises accompagnées de cruelles remarques salissaient les pages de ses cahiers. Les choses s’étaient aggravées dangereusement car le maître ne se contentait plus de se montrer très généreux en zéros, mais il n’hésitait plus à lui envoyer des gifles et à lui tirer les oreilles de toutes ses forces. Rachid ne pleurait pas, on se souviendra toujours de l’enfant qui serrait ses dents pour ne pas montrer ses douleurs. Déjà, très jeune, il nous montrait qu’il avait un caractère d’homme et sa ressemblance à une beauté féminine n’était qu’un leurre. D’ailleurs, il se bagarrait férocement et insultait en haletant pour nous prouver qu’il n’était pas du genre à se laisser faire même s’il n’avait ni père ni mère. On craignait ses colères et ses coups. Mais, le maître était un grand, homme d’autorité dans sa classe et par conséquent il fallait se soumettre à ses ordres et injustices.

 

 

Le maître (Lewis)

 

Comme les punitions physiques n’étaient pas assez pour remettre l’élève sur le droit chemin de l’apprentissage, le maître le punissait en le retenant le soir pour faire ses devoirs sous sa surveillance. Ayant été informés de son cas, les autres maîtres y compris le directeur avaient approuvé le geste généreux de l’honnête instituteur d’autant plus qu’il s’agissait d’un enfant sans parents donc sans contrôle. De temps en temps, le maître retenait également d’autres élèves dont le niveau exigeait un soutien scolaire rigoureux. Le pire, voire l’insupportable, l’enfant Rachid recevait le lendemain des gifles et serrait ses dents. D’après le maître, le fils de la décharge publique ne méritait pas qu’on s’occupa de son espèce car il refusait des devoirs supplémentaires que, lui, le vaillant instituteur lui donnait après l’avoir retenu. En toute innocence, une fille, probablement amoureuse de lui, ne supportant plus son supplice rapporta son cas à ses parents dont le père, par pitié et compassion, osa exprimer ses appréhensions négatives, à son ami le directeur. Ce dernier, gardant difficilement son indignation, lui expliqua qu’il s’agissait d’un enfant abandonné à la naissance souffrant d’un traumatisme intérieur qui bloquait sa grande intelligence et que le maître, très bien noté par les inspecteurs, l’aidait bénévolement.

 

Cependant, connaissant très bien les sévérités des fqihs des écoles coraniques, la mère jeblia du gardien, après avoir hésité pendant longtemps, pudeur oblige, osa enfin interroger son fils sur l’enfant qui quittait l’école, comme un éclair, après avoir passé une bonne partie de la soirée en  compagnie de son maître. Malgré la colère du fils lui demandant de ne pas se mêler aux décisions de monsieur le directeur qui veillait en personne sur l’enfant orphelin et en lui apprenant, sur un ton hautain, que l’école n’était pas une étable dans laquelle on fait entrer les vaches le soir et les sortir tôt le matin. Sans être vexée, la mère rappela à son fils que dans les villages, les fqihs libèrent tous leurs écoliers à l’heure de la prière du maghreb et qu’ils n’en gardent aucun pour apprendre, seul, davantage de sourates du Coran. Elle ne désarma pas, les bougonnements  de son fils ne la dissuadèrent point. Au contraire, ses interrogations de vieille mère, paysanne et naïve, se sont transformées en profondes inquiétudes.

 

Un soir, pendant que le maître retenait le bel enfant pour le libérer de son traumatisme et l’aider à récupérer son niveau scolaire, la mère du gardien, sans alerter personne, s’empara du seau métallique, y mit de l’eau, y plongea la serpillère puis, poussée par de très sombres intuitions de mère, se saisit d’un  bâton et à pas fermes et déterminés, elle décida, en se dirigeant vers la seule classe occupée, de se tromper volontairement en ouvrant brutalement la porte. « Lmonkar (acte gravissime), al monkar ya ibad lah (croyants en Dieu), criait-elle en ajoutant des mots incompréhensibles comme à la campagne quand un feu indomptable se propage dévorant sur son passage arbres et herbes avant d’atteindre les foyers. Yetim, yetim (il est orphelin, orphelin) hurla-il face au visage, terrifié et incrédule, de son fils qui arriva en courant suivi de sa femme enceinte, le corps tremblant penché en avant et les bras croisés sur la poitrine. Elle fonça vers le maître qui se protégeait le visage à l’aide de ses avant bras tout en abandonnant son dos aux coups de bâton de la jeblia qui continuait de crier : « que Dieu maudisse les hommes, tfou, on ne fait pas ça aux orphelins, haram, haram. » Son fils intervint pour l’empêcher de donner les coups sur la tête et n’arriva à lui arracher le bâton de sa main qu’après s’être interposé entre elle et le corps du fqih de la ville. Elle remit, le corps en transe, son foulard sur la tête et regarda Rachid, figé tenant son pantalon avec ses deux petites mains : « va-t-en, dolm hada, c’est l’injuste, la honte, la honte. »

 

On n’a jamais su ce qui s’est passé au lendemain de la catastrophe. En nous avertissant, nos parents, tout en dissimulant leur embarras, nous avaient expliqué que Rachid faisait très bien ses  devoirs et que le maître ne lui donnait pas des devoirs supplémentaires à faire dans son foyer. Il le punissait en classe le lendemain en lui faisant très mal  pour évincer tout soupçon.  D’ailleurs, c’était le cas quand il retenait périodiquement d’autres élèves en même temps que lui. En effet, le stratagème de l’instituteur était bien rôdé : faire combiner le dévouement excessif à son  métier et le bénévolat à l’égard d’un orphelin sans défense. Avec cette combinaison malsaine, il avait à sa disposition l’enfant, objet du plaisir et l’estime de ses collègues, rempart infranchissable. Seulement l’ignorance de la jeblia avait aussi ses grands atouts dans la connaissance du terrain et des vices! Ce sont les intuitions de toute mère que Rachid n’avait pas.

 

Des rumeurs échangées entre adultes laissaient entendre que l’instituteur, auteur de l’acte ignoble et gravissime, fut muté sans jugement. D’aucuns prétendaient qu’il n’a pas survécu aux coups de bâton que la paysanne lui avait asséné pendant sa colère. Néanmoins, la réalité est tout autre, le directeur a été mis à la retraite anticipée, le gardien continua son travail dans une école dans le chef lieu de sa tribu d’origine et sa mère, pour la récompenser et la faire taire, a été engagée comme employée de nettoyage dans la commune du même chef lieu. Quant à l’instituteur, après une hospitalisation d’urgence, il fut exclu définitivement du ministère et a été condamné, à huit clos, à une très lourde peine à purger dans la terrible prison de Kenitra. Ne supportant pas les conditions de son incarcération et le comportement malsain des autres codétenus à son égard, il se donna la mort en avalant un liquide très dangereux. Plus tard, Rachid me raconta qu’une doctoresse française lui avait fait des analyses très longues sur tout son corps et l’avait embrassé en lui demandant d’apprendre à oublier les choses méchantes. Il rentra calmement à la maison de la bienfaisance en se faisant traiter pendant une semaine entière de zamel, tapette, par ses camarades et de meskine, pauvre, par les femmes chargées d’entretenir les lieux.

 

Le nouveau maître nous a fait comprendre, d’une voix très lente et par des mots simples, qu’il ne restait pas très longtemps avec nous. On a appris des années plus tard que le remplaçant était un responsable au ministère de l’éducation et que sa présence, dans notre école et surtout dans notre classe, était pour rassurer les parents et rendre à l’école son respect et son honneur. Dès son arrivée, on avait remarqué que le nouveau directeur lui parlait avec un grand respect et les autres instituteurs se penchaient sur sa main en le serrant. L’homme était coiffé du tarbouche turc et portait une jellaba en tissu laissant apparaitre à travers le col la veste et la cravate. Il était très calme et dès que le mouazine annonçait la prière de l’asr, il posait aussitôt son tarbouche sur le bureau et chargeait un camarade pour surveiller la classe. Il faisait ce que la plupart des instituteurs ne faisaient pas avant son arrivée. Les chaussures modernes ôtées, le bas de la jellaba retroussée et les manches épaisses coincées au niveau des coudes, il faisait ses ablutions puis il se rangeait derrière le même pilier de la cour, en direction de la Mecque, pour faire la prière suivi en rangées bien ordonnées de tout le personnel de l’école y compris le gardien. Le jour de son départ, il nous a présenté une femme qui allait devenir désormais notre enseignante : « vous verrez, mademoiselle…est une jeune femme très gentille et elle est issue d’une famille très respectable et très connue aussi bien dans votre ville que dans le reste du Maroc. Votre camarade Rachid est un enfant très brillant et il mérite qu’on s’occupe de lui , c’est Dieu qui le dit dans le Coran car c’est un orphelin. L’école est votre deuxième famille et vous, vous êtes ici des frères et des sœurs. Mademoiselle sera votre grande sœur, elle a fait l’école française mais, grâce à son défunt père, elle maîtrise parfaitement la langue arabe. »

 

Ancien et nouveau

 

L’institutrice était très jeune et très belle et mes parents étaient très rassurés parce qu’ils connaissaient sa famille et surtout parce qu’elle était de Fez. A l’époque, c’était dans la ville spirituelle que se concentraient les grandes fortunes, se logeaient les détenteurs du savoir, traditionnel et moderne, et se perpétuaient les fondements de la beauté arabo-andalouse dans toutes ses variétés.  Un jour, Rachid m’avait surpris en me confiant que l’institutrice était comme lui, une orpheline mais à moitié, son père avait disparu sans laisser de nouvelles derrière lui. Quelques années plus tard on avait appris qu’effectivement le père de l’institutrice était un nationaliste très connu, enlevé et disparu à jamais. Quant au remplaçant, nous n’étions pas surpris de le voir, plusieurs années plus tard, vêtu d’une jellaba et d’un bernouze blanc, lors d’une cérémonie spirituelle tenue en présence du roi Hassan II.

 

Bien évidemment, tout drame se dénouant dans le bonheur a son revers de médaille. Le scandale fut répandu dans toute la ville et comme dans ce genre d’événements répréhensibles il y a toujours des dégâts collatéraux, les camarades de Rachid, que nous étions, en ont bien pâti pendant des mois. En rentrant chez nous la tête basse, main nue ou portant le cartable, on entendait souvent crier à travers les ruelles: « petits enculés. » Pour ne pas aggraver notre cas, on faisait la sourde oreille en baissant encore plus nos têtes.

 

En évoquant, lors ma deuxième visite, cette anecdote traumatisante, pour nous les victimes collatéraux, j’ai provoqué une forte toux de mon ami. J’ai cru qu’il allait rendre l’âme en suffoquant.

- Tu sais, sans les désirer, j’ai un faible pour les filles de Fez et surtout quand elles parlent avec leur accent tant redouté, me dit-il en reprenant son souffle. Mademoiselle… était très belle et très douce, elle n’avait pas l’âge d’une mère mais plutôt d’une grande sœur.

- Tant mieux si elle te fait encore oublier les genoux pointus de l’ignoble instituteur, lui répondit-je imprudemment. S’il te plait, ne ris pas, je ne cherche pas à livrer ton âme avant l’heure.

- Je n’ai pas tout oublié, me dit-il en maîtrisant son rire et sa toux. C’est vrai, ce n’était pas le fauteuil du maréchal Lyautey.

 

Innocence (Stems)

 

 

                                                                      15 mars 2009

 

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